Œuvre vidéo et comestible | Résidence ENSEMBLE, i-food-design | Dutch Design Week 2024, Eindhoven
Le dressage des corps est une œuvre vidéo et comestible réalisée dans le cadre de la résidence ENSEMBLE de i-food-design. Cette résidence rassemble différents artistes culinaires européens autour du questionnement de nos systèmes alimentaires, lors de dîners performatifs qui transforment l'acte de manger en espace critique.
La première itération de ce projet a été présentée à la Dutch Design Week 2024, le 18 octobre à Eindhoven, au Sectie C.
Le monde de la gastronomie française, si fier de son excellence culinaire, cache une réalité que l'on peine encore à nommer. Les violences que subissent les femmes dans nos cuisines restent un tabou tenace. Comment s'épanouir en tant que femme, ou même simplement en tant que jeune, dans ce climat de danger constant ?
La chambre froide devient ici bien plus qu'un simple espace de conservation. Elle est le symbole de toutes ces cuisines fermées à la vérité, de ces lieux où l'isolement permet les abus, où les portes qui claquent étouffent les voix.
Ce projet refuse le récit qui présente ces expériences comme une simple banalité. Il les nomme pour ce qu'elles sont : des abus nécessitant une intervention structurelle.
Je ne suis pas ici pour accuser un homme.
Je suis ici pour ouvrir la porte.
Celle qui m'a été claquée au visage.
Celle à laquelle j'ai cru échapper à temps.
La porte de cette chambre froide, symbole de toutes les cuisines fermées à la vérité.



Le dressage des corps est avant tout une œuvre de soin, puis dans un second temps, vecteur d'un message de rébellion. Elle se déploie en deux temps : une vidéo immersive et une proposition comestible accompagnée d'un geste performatif.
La vidéo : un malaise incarné
L'installation vidéo transforme la chambre froide en critique visuelle. À travers une interprétation artistique plutôt qu'une exposition documentaire, elle plonge le spectateur dans l'état de malaise que ressent une femme, seule, dans une cuisine d'hommes.
Un lit est-il seulement un lit ? Une insulte est-elle seulement une blague ?
Comment réussir à s'exprimer quand chaque mot, chaque geste, chaque espace devient potentiellement menaçant ?
L'esthétique couleurs délavées est ponctuée de bribe d'un plat joyeux. Les murs se couvrent de bons de commande, comme autant de silences accumulés. Les sons rythmiques de corps heurtant des portes, d'abord dangereux, puis métaphores de résistance, construisent une tension sensorielle.
La proposition comestible : brisez la couronne
La dimension comestible de l'œuvre prolonge l'expérience critique.
Une couronne, symbole de la hiérarchie gastronomique, de ces rois qui se prennent pour des dieux sans lois, est présentée aux participants.
Le geste performatif consiste à briser cette couronne.
Un acte simple, libérateur, qui symbolise la rupture nécessaire avec un système toxique.
L'alimentation de demain doit être saine pour tous les corps, ceux qui mangent, et ceux qui cuisinent.

Ce projet ouvre des portes. Des portes qui ont été claquées, portes de la conversation, de la responsabilité, de la transformation d'un système où aucune excellence culinaire n'est durable si elle se construit sur l'exploitation.
En reprenant le contrôle du récit à travers l'art, Le dressage des corps refuse le silence. Il crée un espace où les expériences peuvent être nommées, où le malaise devient visible, où la beauté ne peut plus masquer la violence.
La chambre froide n'est plus seulement un lieu de conservation des aliments. Elle devient un espace de mémoire, de témoignage et, finalement, de transformation.
Réalisation : Sophie Coulet avec l'aide de Lorine Hennebelle et Ginnie-line Darcq







